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BOOM DES PLATE-FORMES INTERNET DE TRAVAUX POUR PARTICULIERS

Il existe plus de 150 plate-formes internet ciblant le marché des travaux dans les logements des particuliers. Le secteur est en effervescence.

Avec l’hôtellerie ou les transports, c’est au tour des artisans du bâtiment de devoir réfléchir à leur fonctionnement, car les plateformes internet ciblant le marché des travaux chez les particuliers sont en plein boom. « Nous en avons recensé plus de 150 », constate Jérôme Vial chez la Fédération française du bâtiment (FFB), qui s’est penchée sur le phénomène.

Batiweb, déjà deuxième acteur du secteur (plate-formes E-travaux et ActiveProspect), a racheté EasyDevis et pore ainsi son nombre de devis de 25.000 à 50.000 par mois. Il reste loin du leader Travaux.com/123Devis (près de 100.000 devis mensuels) mais pense tripler son chiffre d’affaires d’ici quatre ans (12 millions prévus cette année). Côté start ups, Xavier Niel, le fondateur de Free, vient d’investir dans « Travauxlib », dédiée à la rénovation complète des logements.

Contacts payants

Le créneau bouillonne car le modèle économique est alléchant. Fin 2015, une enquête Promotelec recensait déjà 2,5 millions de demandes de devis par an déposées sur internet. Or le particulier faisant une demande de devis l’ignore souvent, mais pour être mis en relation avec lui, l’artisan paye. Le contact coûte en moyenne 20 à 25 euros mais varie selon son corps de métier et le nombre achetés. « Cela peut aller de 18 euros à 30 ou 35 euros par contact, les plus chers étant ceux concernant la fenêtre, l’isolation et le chauffage », indique ainsi Nicolas Ricart, dirigeant fondateur de Batiweb. Quand la demande de devis a en plus fait l’objet d’une vérification par la plate-forme du caractère concret du projet du client, le prix du contact grimpe encore (39 euros le contact quel que soit le corps de métier chez E-Travaux par exemple). « Certaines plate-formes dédiées aux devis ont aussi une formule d’abonnement mensuel (tel Homly You, du groupe Saint-Gobain), d’autres sont des plate-formes allant jusqu’aux travaux et prennent une commission sur leur montant, en moyenne de 2 %, ou encaissent le montant des travaux et ne le rétrocèdent à l’entreprise qu’un mois plus tard, », poursuit Jérôme Vial. Ceci sans compter avec les sites internet de petits travaux mettant en relation les particuliers entre eux, qui « ubérisent » le BTP en l’ouvrant aux bricoleurs du dimanche…au grand dam des professionnels.

Les professionnels peu satisfaits des plate-formes

Cette effervescence contraste avec des professionnels peu enthousiastes. « Seuls 38 % des professionnels sondés par la FFB se déclarent satisfaits des plate-formes, ce qui est logique  : l’internaute obtient les devis qu’il recherchait, mais seul un d’entre eux se transforme en commande », observe Jérôme Vial. Pas sûr que l’internaute y trouve si souvent son compte  : Promotelec estimait pour sa part fin 2015 que 43 % des demandes de devis déposées ne trouvaient pas de professionnels…

« Nous observons un contraste frappant entre les professionnels de moins de quarante cinq ans, qui ont des smartphones, voient rapidement aux demandes de devis que nous leur envoyons par sms, et les plus de cinquante ans, qui peinent à répondre aux clients dans le délai imparti de deux jours, voire ne répondent pas, ou ne relancent pas le client ensuite  ! » observe Nicolas Ricart. Les gagnants de la digitalisation sont clairement les jeunes, pour qui elle économise des postes de commerciaux, mais elle joue au détriment de l’ancienne génération ».

Pour l’heure, selon l’enquête de la FFB seuls 13% des professionnels déclarent que les plate-formes ont généré une concurrence pour leur activité mais leur essor ne fait que commencer car « sur 2.000 clients sondés, 11 % sont déjà passés par elles pour trouver un prestataire », précise Jérôme Vial. C’est peu et le chiffre est amené à croître, d’autant que 61 % des clients connaissent leur existence, ils sauteront donc à l’avenir le pas.

Le 17/05 à 12:36
MYRIAM CHAUVOT
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